La ville d'art et d'histoire

Tlemcen Nouvelle mairie El-Kiffane
Située au carrefour des routes qui menaient autrefois à la route du sel et qui reliaient le Maroc à l'Algérie et la Méditerranée au Sahara, Tlemcen eut un rôle culturel et commercial considérable. En 1248, elle forma un royaume berbère, indépendant de l'empire des Almohades et devint la capitale du royaume abdelwadide qui s'étendit au XIVe siècle à la plus grande partie de l'Algérie actuelle. Tlemcen qui, déjà au XIIe siècle était un centre religieux, devint alors un foyer de culture islamique très important et rayonnant sur tout le Maghreb, rivalisant avec Fès, Grenade, Tunis et Damas. Au XVIe siècle et pendant une courte durée, elle passa sous la souveraineté du gouverneur espagnol d'Oran puis, sous la domination d'Arudj Barberousse qui fut fait prisonnier à Tlemcen en 1518, et fut tué. Et enfin des Turcs en 1553.
Cette mystique capitale de l'Ouest oranais a longtemps été considérée comme la « Jérusalem du Maghreb » parce que les Musulmans et les Israélites y ont gardé leurs lieux saints. Djéma el Kébir, la Grande Mosquée, bâtie au XIe siècle, admirablement ornée par des artisans tlemceniens et cordouans, moderne de lignes est un pur joyau de l'architecture du Maghreb. La mosquée de Sidi Boumediene qui a été construite au XIVe siècle par un sultan de Fès, le « sultan noir », de pur style hispano-mauresque, comme à Fès ou à Grenade. Le minaret est orné de briques et de céramiques polychromes. Mais le patron de la ville a d'abord était Sidi Halaoui et dont le marabout est enfoui dans les luxuriants jardins d'Agadir (ville musulmane construite sur l'emplacement de la Pomaria romaine et dont il ne reste que des vestiges près desquels se trouve Tlemcen, rien de commun avec le port marocain) , où les femmes stériles vont, de nos jours encore, boire l'eau de son puits, sept mercredis de suite, après avoir déposé leur ceinture dans la Koubba de Lalla Setti.
De toutes les villes de l'Ouest oranais, Tlemcen est celle qui fut la moins pénétrée par l'immigration espagnole. La limite de cet exode ibérique du milieu du XIXe siècle semble avoir été la région de El-Malah (Rio salado), Sidi-Bel-Abbès et Beni-Saf.
Cependant, l'influence andalouse, à Tlemcen, remonte au XIIe siècle, lorsque la reconquête dirigée et achevée par les rois catholiques fit refluer sur l'Afrique du Nord les Moros (maures) qui sont à l'origine de ces communautés andalouses que l'on retrouve de Fès à Bizerte et qui ont gardé, avec les clés de leurs maisons abandonnées à Cordoue, Grenade ou à Malaga, leur folklore musical et poétique. Tlemcen est en permanence liée à l'Espagne musulmane par des échanges culturels, commerciaux et en lui apportant une aide militaire contre la Reconquista Chrétienne. Beaucoup de Sultans de Tlemcen furent élevés dans les cours de l'Andalousie, comme Abou Tachfin, Sultan Abdalwadide élevé à la cour nasride de Grenade. D'ailleurs Boabdil, dernier Sultan de Grenade, mourra au mois de mai 1494 près de deux années après la chute de Grenade. Il avait à peine 40 ans. Sa mère décédera une année avant à Tlemcen qui accueillit tout l’entourage de Boabdil, son épouse Meriem (la sultane Moriama) et ses sœurs appelées les « reines maures ». Dans la nouvelle « Grenade Africaine » une très forte colonie d’andalous y trouvera la paix dont de nombreux juifs fuyant l’inquisition des rois catholiques pendant la reconquista et avant, depuis également la chute de Cordoue en 1232. Avec ces exodes, c'est une partie de la mémoire andalouse qui va également émigrer dans cette ville. Elle en sera avec Fès, la ville héritière de l’Andalousie de son art de vivre, de ses legs philosophique et artistique.
Tlemcen est la capitale de la musique arabo-andalouse en Algérie.

Un ancêtre du violon: Le Rebâb
Elle est le berceau de grands artistes de ce genre musical. Deux anciennes écoles de musique arabo-andalouse existent en Algérie. Celle de Tlemcen et de Constantine. L'école d'Alger ne fut fondé que tardivement sous l'influence de l'école de Tlemcen. Tlemcen est aussi le berceau et la capitale du Hawzi, un autre genre musival qui découle de la musique andalouse et qui se répandit au Maghreb surtout grâce au grand poète musicien BenMessaîb (XVIIème S).
Il y a, sur la route du Maroc, les ruines imposantes de Mansourah la Victorieuse, cette métropole provisoire de brique rouge qu'Abou Yacoub, dit El -Mansour (le victorieux), construisit à portée de flèche de la capitale du Maghreb central qu'il voulait conquérir et qui devint, après la prise de Tlemcen par le sultan marocain Abou Hassen, et pour une très courte durée, le siège du gouvernement mérinide pour le Maghreb central. À l'hiver très froid, neigeux en raison de l'altitude (plus de 800 m) mais ensoleillé succédait un printemps précoce qui faisait éclore, dès le mois de février, les fleurs de cerisiers et des pêchers. C'est ensuite la célèbre fête des cerises qui amenait à Tlemcen des dizaines de milliers de visiteurs.
Histoire...
La ville de Tlemcen, Pomaria (« les vergers »), est fondée à la fin du IIe siècle comme camp militaire à la frontière de l'empire romain. La cité joue un rôle religieux puisqu'elle devient le siège d'un diocèse catholique : l'évêque Victor qui y siège a joué un rôle important au Concile de Carthage de 411.
Tlemcen fut à plusieurs reprises de son histoire, la capitale du Maghreb central. À la fin du VIIIe siècle et durant le IXe siècle, la ville devient un des fiefs du kharidjisme en Afrique du Nord. En 771, Abou Qurra de la tribu Sufrite des Banou Ifren de Tlemcen parvint à reprendre aux arabes toute l'Ifriqiya. Au XIe siècle (1080), Tlemcen devint après Marrakech, la seconde capitale des Almoravides, qui englobait le Maroc actuel et une partie de l'Algérie occidentale. Au XIe siècle, sous les Almohades, Tlemcen est un centre commercial de premier plan et la capitale du Maghreb central.
Le royaume de Tlemcen, fondé en 1282 connaît un destin hors du commun. Ce royaume est dirigé par la dynastie des Abdalwadides. À son apogée, cet État contrôle un territoire allant de l'Atlas à l'actuelle Tunisie au XVe siècle. Des trois capitales des dynasties qui régnaient au Maghreb (Fès, Tlemcen et Tunis), Tlemcen était la cité la mieux policée. Elle attirait les savants et les artistes de toute part. Cette ville était aussi un centre d'études musulmanes. L'on comptait cinq médersas renommées. Les Tlemceniens admiraient Sidi Wahhab, qui fut le compagnon du prophète et qui, venu à la suite de Oqba avait été enterré dans la ville, Sidi Daoudi, le grand saint du Xe siècle.
En 1553, l'effondrement des 3 dynasties du Maghreb (Mérinides, Abdalwadides, Hafsides) donne naissance - vu la disparition de toute autorité centrale - en Algérie en particulier, à une multitude de villes-royaumes : royaume de Ténès, royaume d'Alger, royaume de Cherchell. Simultanément à ce démembrement, les attaques sur les villes du littoral, menées par les Espagnols, sèment la peur et la désolation chez les populations d'alors qui font appel comme l'émir d'Alger aux célèbres corsaires Aroudj et Khair-Eddine Barberousse pour assurer leur défense, le royaume de Tlemcen passe alors sous la protection ottomane. Cette transition qui s'est déroulé durant l'agonie de la dynastie des Abdalwadides ne s'est pas faite facilement. En effet, très vite apparaissent des conflits ; Aaroudj exécute l'émir d'Alger dans son bain et pourchasse ses fidèles, qu'il poursuit jusqu'à Tlemcen. Mais le Sultan de Tlemcen, allié au gouverneur espagnol d'Oran, surgit avec ses troupes, chasse Aroudj de Tlemcen et finit par le tuer.
Un troisième frère d'Aroudj, Ishaq, prit une faible part à la fondation de la Régence d'Alger ; nommé roi de Ténès avec résidence à El Kalaâ, il fut assassiné en 1518 au moment où il sortait de la capitale qu'il venait de livrer par suite d'une capitulation à l'armée espagnole commandée par Dom Martin d'Argote qui avait amené avec lui les contingents musulmans restés fidèles à Abou Hammou, Sultan de Tlemcen. Khizr, frère de Aaroudj, prit sa succession à Alger et se fit appeler « Khayr ed-Din » (« le Bien de la Religion »). Nommé Capitan-Pacha (grand amiral) de la flotte turque et Beylerbey (gouverneur) des îles, il se montra plus prudent que son frère, et dirigea depuis sa capitale ses armées.
Plus cosmopolite (Andalous et turcs) et ouverte de par son histoire qu'Alger et Oran, Tlemcen connaît comme les autres cités d'Algérie une relative paix sociale à l'époque de l'« Algérie française ».
Étymologie Cette explication qui lie étroitement l'origine du nom de la ville à celle de son passé berbère indiscutable n'est pas la seule. Si Tili- est effectivement proche de Tala qui signifie « source », une tradition orale affirme que l'appellation est arabe; elle serait la contraction de deux mots Tlem et Insan, soit Tlem'san (Tlemcen en orthographie moderne), signifiant lieu de rencontre (de regroupement) des gens. Le nom aurait été donné à la ville en raison justement de sa position centrale le long des voies de circulation des biens et des flux migratoires entre l'est et l'ouest, ainsi que le nord et le sud. Les informations sur l'origine du nom de la cité qui fut un royaume au Maghreb proviennent de la tradition orale, dominante pendant très longtemps. Il est étrange qu'aucun texte n'ait étayé ni l'une ni l'autre des hypothèses, alors que Tlemcen a abrité l'un des plus illustres collèges la Medersa (il y en eut plusieurs en réalité), levier puissant de l'introduction de la preuve historique écrite.
Tlemcen a ses savants
El Okbani : Jurisconsulte éminent, professeur, il remplissait la fonction de juge à Tlemcen. Il avait fait ses études sous la direction de son grand père Quacim et d’autres grands maîtres, parmi ses disciples Abou’l Abbès el Ouenchericy célèbre théologien. Il mourut le 26 juillet 1467 et est enterré à Tlemcen.
El Aboly : Mohamed ben Ibrahim ben Ahmed el Abdéry plus connu sous le nom d’El Aboly est né à Tlemcen. C’est un mathématicien éminent, il a enseigné à Tlemcen, et dans divers cours royales du maghreb. Parmi ses disciples le très savant el Maquarri.
El Habbak : Mohamed Ben Ahmed Ben Abou Yahia plus connu sous le nom d’El Habbak. Eminent arithméticien, versé dans le code des successions, il excellait dans la science de l’Astolabe. Il a composé un poème intitulé " Objet des désirsdes étudiants touchant la science de l’astrolabe ", il est aussi l’auteur d’un commentaire sur le Telkhis d’Ibn El Benna et d’une mise en vers de la Rissala sur l’astrolabe. Il mourut selon El Ouenchericy en 1462.
Es Senouci : Mohamed Ben Youssouf Ben Choaib Es Senouci El Haceny Et Tlemceny naquit à Tlemcen, dont il fut le savant, l’homme pieux, l’ascète et le grand personnage. Il apprit la science de l’Astrolabe sous la direction d’ El Habbak et les sciences coraniques sous la direction de divers savants. Son oeuvre est immense. |